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Lettre d'amour aux messieurs d'un certain âge qui font des micro-pas

Dernière mise à jour : 13 juil. 2021


J'aimerais dire que cette réflexion a été inspirée par les grands philosophes. Of course. Les grands philosophes sont très inspirants. Comme Socrate, je sais que je ne sais rien. Ou plutôt... je ne m'imagine pas savoir quand je ne sais rien.

J'aimerais dire que j'ai été inspirée par mon père, car même quand on ne se comprend pas, quand notre communication est complexe, je sais qu'on s'aime en profondeur, avec sincérité, respect et bienveillance, et que c'est une grande ressource pour moi cet amour.

Mais pour être plutôt honnête, ma source d'inspiration est parfois / souvent beaucoup plus terre à terre. Là. J'étais dans une file d'attente. C'était une situation un peu complexe, il y avait des gens partout qui essayaient de vivre ensemble tout en respectant un tout petit peu d'espace vital des uns et des autres pour faire la queue, circuler.

Devine qui sont les gens qui me passent devant et rentrent dans ma bulle sans s'excuser? Les messieurs d'un certain âge. Pas tous évidemment. Certains.

Et plutôt que de péter un câble, je sais pas, ce jour là j'étais bien libre, faut croire qu'après 7 ans de mindfulness, ça commence à rentrer ! Je me disais: ''Les pauvres. Tous les autres, les jeunes, les mecs de mon âge, les mamans avec des bébés qui leur crient dans les oreilles, les madames d'un certain âge, on nous a tous appris la patience, le vivre ensemble... ca doit pas être facile d'être les derniers représentants d'un monde qui a plus de sens.''

L'autre : ''Tu parles des vieux cons?''

Moi: Ils sont pas cons. D'abord c'est pas joli comme expression, d'utiliser une référence au sexe féminin comme une insulte. Et ils ne sont pas ''bêtes''. Pourquoi utiliser une référence aux animaux comme insulte? Ok... Alors. Ils ne manquent pas d'intelligence. Si c'est ça que tu cherches à dire?

On ne leur a pas appris. Ils sont perdus. Moi j'ai de l'empathie pour eux. Ça ne doit pas être facile. On leur a appris des choses. Et on a changé toute la donne. Toute.

C'est comme si on leur avait dit... Ce tapis c'est le monde ok? Va a la conquête de ce monde. Et ils étaient dessus. Et on a pris le tapis, on l'a tiré de sous leurs pieds, on l'a retourné intégralement et maintenant qu'ils sont tous par terre on leur dit: ok, faut aller sur ce tapis à l'envers. C'est ça le monde maintenant. Et tu ne dois pas le conquérir, tu dois vivre ensemble avec tous les autres...

Tu sais ceux dont on t'a dit toute ta vie qu'ils étaient inférieurs et qu'il fallait les conquérir? Ben maintenant tu dois vivre avec et les écouter. Ah oui, écouter maintenant c'est important! Et si tu comprends pas on te déteste. Et tout ce que tu savais avant n'a plus aucun sens, tout ce que tu as construit est infâme. Et si tu vas pas vite t'es nul.

Etre un homme maintenant ça se déconstruit complètement. C'est plus du tout le plus important. Maintenant il faut être un être de lumière. Et t'as 5 minutes. Go. Ça doit quand même être super complexe...!

Toute leur vie... On leur a dit que le capitalisme c'est important. Faut être pressé, sérieux, important. Faut même être un peu énervé tout le temps. Faut gagner beaucoup d'argent. Faut mettre des beaux costumes, avoir des titres ronflants. Faut faire le tour du monde en avion, pour voir toutes les villes du monde à travers la fenêtre d'un taxi, d'un hôtel, d'une salle de conférences. Faut négocier comme un bourrin. Faut avoir le décalage horaire tout le temps. Faut être fatigué tout le temps mais ne jamais le dire. Faut être ''trop occupé j'ai pas le temps''. Faut faire des croche-pieds à tout le monde. C'est comme ça qu'on saura que tu as réussi.

Sinon t'es pas un homme. Et être pas un homme c'est le pire. Faut jamais prendre son temps et profiter. Câliner un bébé ou respirer une fleur. Communiquer sur ses émotions. Jamais. Faut écraser les autres. C'est bien comme ça. Si tu écrases pas les femmes, les enfants, les gens pas comme toi, tu es pas un homme. Et pas être un homme c'est le pire truc. Ok?

Même si tu veux pas, même si t'es pas d'accord. C'est la règle. C'est comme ça. Tu as pas le choix. Il n'y a pas d'autres façons d'être un homme alors tu y vas et surtout surtout....tu pleures jamais. Tu ne baisses jamais les bras.

Et maintenant on leur dit: ah ben non en fait on s'est trompé tout ça... tu peux arrêter. Maintenant il faut écouter le Petit Prince et dessiner des moutons. Et regarder les étoiles. Et s'aimer les uns les autres.

Ah bon tu sais pas faire? Mais t'es nul?

Sauf qu'en plus en méta-oppression et c'est là le truc le plus vicieux, on leur a appris qu'être vulnérable, dire qu'on s'est trompé, qu'on travaille sur soi c'est *le pire aveu de faiblesse*. Et que la faiblesse c'est *interdit* pour un homme. Si tu es vulnérable t'es pas un homme. Et si t'es pas un homme t'es rien. Et maintenant tu as 50-90 balais... (Je sais que ce que je raconte ne concerne pas 'tous les hommes de 50-90 balais'... C'est une idée / une image / un concept imparfait) Et maintenant on te dit en fait non! C'est bon, vas-y, tu peux te remettre en question. Même tu dois. Même si tu ne le fais pas, t'es rien. Mais comment veux- tu qu'ils fassent ?

Et en plus on leur dit ''vous êtes des raclures, vous avez brûlé la planète, opprimé les femmes et les enfants, on vous méprise''. Alors qu'ils ont juste fait ce qu'on leur a dit de faire quand ils étaient petits. They didn't know any better. Voilà. Je crois que j'ai atteint un nouveau niveau d'empathie. Après ça m'empêche pas d'être une bobo écolo féministe neurodivergente insupportable et un peu sorcière... qui va finir sur le bûcher. Mais je me dis quand même que c'est important parfois.... De regarder le monde avec les lunettes de l'autre.

L'autre : ''Mais parfois les gens comme ça sont méprisants, racistes, macho ou homophobes, c'est quand même pas si simple de se mettre à leur place ou de respecter leur point de vue''

Moi: D'abord .... Pas toujours. Je connais plein d'hommes de cette génération qui ne sont rien de tout ça.

Et bien sûr, je ne suis pas raccord avec le mépris, le racisme, le machisme ou l'homophobie. Même le validisme, la grossophobie, ou la transphobie... même si ce sont des sujets que je connais moins, ou je fais plein de gaffes. Toutes les oppressions peuvent aller se faire cuire un œuf (ça faisait longtemps que je n'avais pas utilisé cette expression!). Le capitalisme mondialisé ou l'exploitation de la planète comme s' il n'y avait pas de lendemain... Au bûcher. Même si le bûcher c'est peut être pas très écolo? Enfin on se comprend.

Moi tu le sais, je le dis assez souvent, j'ai le même rêve que Gloria Steinem. Déconstruire toutes les pyramides d'oppression qui mettent certains hommes au-dessus des autres ou les hommes au-dessus de la Nature. Mon rêve c'est le Cercle. Où tous les êtres humains et le vivant sont à leur juste place. Dans la bienveillance et le respect.

Mais je reconnais que c'est facile pour moi, femme blanche, de classe moyenne plus plus, ayant reçu le maximum d'amour et d'attention, ayant été emmenée par la main à l'étranger, s'étant fait payer des études de bobo qui m'ont permis de rencontrer des gens de tous horizons, ayant eu le droit / le temps de passer des années / presque toutes mes économies dans mon développement personnel... C'est facile pour moi de penser comme ça. Je n'ai quasiment aucun mérite.

Une amie de lumière l'autre jour m'a fait la remarque que le Bouddha était finalement un peu misogyne. Pourtant, c'est indéniablement un être de lumière a plein de niveaux et une source d'inspiration pour des millions de gens. Dont moi d'ailleurs... Et ça m'a fait tilt quelque part. On est tous imparfaits, même le Bouddha! Et on peut quand même être une source de lumière.

Je ne m'attends pas à avoir toutes les réponses. Je sais que je suis imparfaite tout le temps. Je sais que par maladresse j'ai parfois un discours excluant ou choquant. J'essaye de progresser tout le temps mais ça veut dire qu'il reste toujours du chemin à faire. Je n'attends de personne d'autre d'avoir toutes les réponses. Ce qui compte pour moi c'est d'essayer, de grandir, de s'ouvrir, d'être généreux. Ce que je veux, c'est me regarder y a un an et me dire ''comme j'étais naïve'', parce que ça veut dire que j'ai appris.

Et pour ceux à qui on n'a jamais appris que c'était important de grandir, de se tourner vers les autres... Alors leurs petits pas à eux sont parfois microscopiques. Mais ça veut pas dire qu'ils sont pas là. Faut juste mettre une loupe pour le voir. Et leur demander d'aller vite vite vite comme nous, c'est injuste. Et ils ont presque plus de mérite que les autres quand ils font des micro-pas. Attention.... Opinion controversée !!! Ils ont presque plus de mérite que les autres quand ils font un micro-pas.

Parce qu'ils sont en train d'apprendre que c'est important de se remettre en question alors qu'on ne leur avait jamais dit avant. Que c'était important. On leur a dit l'inverse. Si tu te remets en question t'es mort. Et ça c'est la clef mon p'tit pote.

Alors au lieu d'avoir envie de crier et de tout brûler maintenant quand je vois un homme d'un certain âge (de mon entourage, ou un homme de pouvoir) qui ''ne va pas assez vite'', je prends une grande respiration. Je mets une loupe. Et j'admire ses micro-pas. Et ça... Ça me fait beaucoup de bien.

Imagine un enfant qui fait ses premiers pas. Imagine comme tu l'applaudirais, tu l'encouragerais. C'est ça en fait l'énergie dans laquelle on veut être quand quelqu'un comme ça fait un micro pas maladroit vers l'autre, vers la bienveillance, vers le soin des autres ou de la planète. Ou le soin de soi.

Oui ce sera maladroit, oui ce sera imparfait. Mais en fait... Si c'était un enfant qui faisait ses premiers pas, on lui dirait 'super, continue, est-ce que tu es fier de toi?' on aurait confiance dans le fait qu'au début il va beaucoup tomber, il va se relever,beaucoup, mais un jour il courra de toutes la vitesse de ses adorables petites jambes dans un parc pour attraper ses copains.

Et ben là c'est pareil. Faut leur faire confiance. Oui ils sont intelligents. Oui ils savent ce qui se passe. Oui ils ont de la résistance mais c'est normal. Mais non ils ne veulent pas être du mauvais côté de l'histoire. Ou de l'Histoire. Et un jour... Ils courront. Mais pour apprendre à courir. Il faut mettre un pied devant l'autre. Tomber, se relever. Et recommencer.

Et être vulnérable. Et demander de l'aide. Et parfois pleurer et demander un câlin. Avoir besoin du soutien de ses proches, parfois d'un professionnel. Et tout ça c'est ok. Je te jure, c'est ok. Promis tu ne vas pas mourir si tu dis que tu sais pas, que tu regrettes, que tu t'es trompé ou que tu es en train d'essayer d'apprendre. Et promis je ne te sauterai pas à la gorge. Je te parlerai comme à un enfant qui fait ses premiers pas. Je te demanderai 'alors, tu es fier de toi?'

Regarde les enfants que tu aimes... Quand ils apprennent à marcher, qu'ils tombent, qu'ils se font un bobo... Est-ce que tu as envie de prendre soin d'eux ? De leur faire un câlin, de laisser couler leurs larmes, de leur dire que ça va aller ? Tu peux faire ça avec ton enfant intérieur aussi. Bon je sais c'est le niveau ++ ça. Mais toi aussi tu mérites ... Un câlin. De laisser couler tes larmes. Et qu'on te dise que ça va aller.

Que tu soies l'homme de cette génération dont je parle. Qui fait des micro-pas. Ou la personne qui le regarde et qui s'impatiente... Je t'envoie la lumière de cette idée.

Et si cette idée te fait du bien aussi c'est super. Et si tu trouves ça nul... C'est bien aussi. Évidemment je voudrais savoir ce que tu en penses. A vous les studios.

(Of course. Of course ! Not all men. Je sais que ce que je raconte ne concerne pas tous les hommes blancs cis hétéro d'un certain âge, de classe moyenne, etc) (ça me paraît évident mais c'est toujours bien de le dire)












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